Oh ce matin, j'ai croisé ton frère, il m'a dit que pour lui ça allait vraiment pas bien, que sa vie était un enfer & qu'il aimerait bien ne plus en être là demain. Oh, il faut qu'on lui cause, tu pourrais peut-être l'appeler pour lui dire que tu l'aimes, que la vie est injuste, qu'elle n'est pas toute rose mais qu'on veut pas le voir tout nu couvert de chrysanthèmes. C'est ce matin, j'ai croisé ton frère, il m'a dit qu'il en pouvait plus du chagrin, que ces idées n'étaient plus très claires & qu'il aurait bien, quand même, aimer croiser quelqu'un. C'est sûr depuis que les années tracent, y'en a qui sont restées sur le bord du chemin & c'est pas facile d'les regarder en face quand t'as plus l'temps ni le c½ur de leur tendre la main. Et dire que ton sacré frère, celui qui nous mettait des claques quand on était gamins, sûr que dans l'quartier c'était un grand frère, on était fier quand on l'croisait et tout l'monde l'aimait bien. Oh faut qu'on fasse quelque chose, on n'peut pas le laisser seul et puis si on n'fait rien. C'est pas dit demain qu'ses paupières soient clauses, mais on sait jamais tu connais ton frangin.... C'est ce matin, il m'a dit ton frère, que sa vie n'vallait le coup que d'être vomi, que le bonheur c'est quand on espère & qu'lui n'attendait plus rien depuis une décennie. Et que puisque c'est ici l'enfer, lui s'prendrait bien un ticket pour l'paradis. Et gratuit en prime, il veut pas s'en faire, allez viens j'ai peur qu'il soit déjà parti! C'est ce matin, j'ai croisé ton frère, il m'a dit qu'il en voulait plein à la vie, que son c½ur était un grand désert, qu'dedans y'avait plus rien, qu'il avait tout donné & qu'elle avait tout pris.
«Un suicide on ne sait pas ce que c'est, alors on préfère penser que c'est génétique, un peu comme la laideur.»[ Camille de Peretti ] - Extrait de Nous sommes cruels